Posté le 24.07.2005 par snoopenlivres

Article mis en ligne le 24 juillet 2005 :
En faisant référence au Frenhofer du chef d’œuvre inconnu de balzac, Pierre-Emmanuel Dauzat ne croyait pas si bien dire dans la post-face du deuxième livre de Cécile Ladjali La Chapelle Ajax. Mais ce n’est pas tant Ajax, ce chauffeur de taxi esthète et artiste sombrant progressivement vers la folie certaine, qui ressemble au créateur de la belle Noiseuse que Cécile Ladjali elle-même. Car en voulant reproduire par la plume la magie de l’univers impalpable de Mark Rothko, l’auteur pensait exprimer l’essence même de l’art du maître de l’expressionnisme abstrait Toutefois cette quête semble bien vaine ; aussi tels Poussin et Porbus dans la nouvelle de Balzac, le lecteur se retrouve démuni face au décryptage d’une telle œuvre, dont l’ambition est indéniable mais le résultat illisible pour le profane. Certes, l’on discerne en filigrane dans la re(é)création syntaxique des morceaux de poésie pure, avec la justesse et la témérité novatrice qui font les grands écrivains. Pourtant ce que la peinture retraduit à l’intérieur d’un cadre, l’écriture et les mots ne peuvent l’exprimer à l’identique, même avec les plus infimes précautions. Et le labyrinthe de matériaux nobles tissé par l’auteur se révèle très vite être un interminable bourbier, dans lequel, hélas, une fois plongé, on tarde à trouver l’issue…
Note : 2 étoiles
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Posté le 14.07.2005 par snoopenlivres

Article mis en ligne le 14 juillet 2005 :
La simple évocation de Zorro plonge chacun de nous dans les limbes sucrées de notre enfance, à l’époque où le pyjama à peine enfilé, nous regardions juste avant de nous coucher les aventures en noir et blanc du vengeur masqué, accompagné de son éternel ami Bernardo, la bouche encore barbouillée de chocolat. Isabel Allende détourne ces clichés embrumés de notre jeunesse et propose une histoire sans doute plus réaliste de ce héros de littérature qui doit son existence à la plume et à l’imaginaire de J. McCulley. Des visages de Guy Williams et de Gene Sheldo, alias Zorro et Bernardo dans la série, il ne reste pas grand-chose : les deux gamins ont vécu ensemble sous le soleil de Californie, et leurs origines indiennes les ont pourvu d’une peau dorée, aux antipodes de la fiction proposée par Walt Disney, bien avare en détails historiques dès qu’il s’agit d’évoquer le passé sombre des pionniers américains… Car il ne faudrait pas oublier que la nièce de l’ancien président du Chili n’a eu de cesse de « raconter la tragédie de ce continent torturé et l'espoir des hommes et des femmes qui luttent pour un monde meilleur". En plus du récit de la légende du justicier, on découvre donc en filigrane la société de l’époque, asservissant les Indiens et acceptant non sans mal le concept du melting pot, qui a pourtant fait la réputation du Nouveau Continent. Le reste n’est que le récit d’une vie placée entre tragédie et moments plaisant et combats pour sauver la veuve et l’orphelin, rythmés par un ton plaisant, non sans humour… De quoi satisfaire tout le monde en somme !
Note : 3 étoiles
Posté le 09.07.2005 par snoopenlivres

Article mis en ligne le 9 juillet 2005 :
Plus qu’un bout de littérature, Les Poèmes du thé sont une immersion dans la culture japonaise. Le thé n’est pas qu’une simple boisson chaude au même titre que le café : il est « un véritable art de vivre » comme l’explique la quatrième de couverture. Au fil des pages Bertrand Petit et Keiko Yokoyama nous invitent donc à découvrir ce territoire inconnu, en accompagnant les poèmes laconiques de somptueuses calligraphies ou encore de peintures évoquant aussi bien les fleurs que les objets inhérents à l’art du thé. Précédé d’un petit précis de « phonétisation », le néophyte pourra en outre se surprendre en prononçant chacun des poèmes dans la langue d’origine grâce à la codification internationale qui est proposée. Les plus férus pourront s’essayer au déchiffrage des idéogrammes, quand les autres admireront la beauté des formes cabalistiques ainsi disposées. On sera en revanche plus sceptique face aux préceptes déclinant le rituel du thé. Leur traduction qui évidemment occulte leur dimension poétique propose un résultat étrange que l’on peut placer entre la maxime populaire et la leçon de Maître Yoda… Reste que ce livre est avant tout un bel objet et une invitation agréablement imprimée sur papier glacé pour découvrir ou redécouvrir une culture ancestrale qui fascine toujours autant.
Note : 3 étoiles
Posté le 06.07.2005 par snoopenlivres

Article mis en ligne le 6 juillet 2005 :
Histoire de parfumer les traditionnelles séances de plages qui peuvent à la longue se révéler bien fades, Laurent Ruquier a décidé d’improviser un petit plat léger, sans consistance. Comme toute bonne cuisinière, il a pris ce qu’il y avait dans ses placards, avec la certitude d’avoir le talent d’accommoder les restes. Las, mêmes les estomacs les plus robustes risquent bien de souffrir le martyre… En entrée, notre apprenti chef nous sert une garniture de calembours, florilège de délicatesse et de raffinement (à l’état brut : « Bienvenue à Melbourne ! – Voici les miennes » ou en musique : « KOHL chie que dans les prés »). « Le calembour est la fiente de l’esprit qui vole » avait suggéré Victor Hugo ; en voilà enfin un qui avait le sens de la formule… En plat de résistance, une plâtrée bien chaude de remarques grivoises et sexuelles à la limite du viol auditif (« Le XXème siècle a été long à tirer. – Et encore, tu connais pas Monique ! »). L’esprit de Jean Roucas n’est donc pas mort ! Enfin en dessert, un coulis d’images éculées sur les nationalités d’un goût plus que douteux (en gros les Antillais courent vite en athlétisme, mais «j’ai jamais compris pourquoi, quand vous allez à la poste, le temps fou qu’ils mettent pour aller chercher un paquet ! »). Mention spéciale enfin pour Pierre Bénichou, le sommelier qui débouche quelques bouteilles de vinaigres parfumées au bon sens populaire des brèves de comptoir… A 13,50 euros, on s’attendait pourtant à ce que le pourboire soit compris…
Note : 1 étoile
Posté le 28.06.2005 par snoopenlivres

Article mis en ligne le 28 juin 2005 :
En nous proposant la « résurrection » de ses nouvelles écrites quand il était adolescent, Sashi Tharoor prévient le lecteur : il ne s’agissait pas à l’époque de céder à un « obscur esthétisme littéraire » mais tout simplement d’être « publié et lu ». C’est avec cette précaution que l’invitation au lecteur prend sens : elle s’inscrit dans la vision romantique d’un adolescent passionné, à la manière des héros Stendhaliens, avec vigueur et passion. Pas de cynisme désabusé mais un portrait juste et atemporel de la société. Si la nouvelle éponyme et la Boutique (L’auteur du Grand Roman indien, aujourd’hui haut fonctionnaire aux Nations Unies n’avait alors que quinze ans quand il l’écrivit !) ne semblent pas encore abouties dans l’écriture, que dire des destinées écrites en parallèle « Fille des champ » et « fille des villes », qui dessinent avec la justesse des peintres pointillistes la condition sociale de la femme, et plus généralement de l’amour en Inde ? On est envoûté par la poésie de la prose enchanteresse de Tharoor. Et viennent alors chatouiller nos sens les effluves épicés des saveurs indiennes ; pas celles édulcorées de nos pseudos restaurants occidentaux, caricatures grotesques ; mais celles d’une langue, d’une culture assise entre tradition et vestiges du colonialisme. Trente ans plus tard, ces histoires parlent encore avec justesse, entre humour et poésie, maladresse et trait de génie. Une écriture authentique en somme.
Note : 4 étoiles.
Posté le 05.06.2005 par snoopenlivres

Article mis en ligne le 5 juin 2005 :
Faire un recueil de photos du quotidien, que l’on commente en couple, comme deux visions du monde à la fois partagées et différentes, est en soi une idée intrigante. Mais dès lors que l’on sait que l’auteur n’est autre que Annie Ernaux, accompagnée pour l’occasion et pour la prose de son partenaire, Marc Marie, le doute s’installe. Son écriture tout à tour dépouillée et crue a souvent exaspéré les uns quand elle fascinait les autres. Elle a fini par lasser, donnant l’impression amère ces dernières années qu’elle radotait sa littérature. Serait-ce donc une variation imagée sur les éternels thèmes d’Annie Ernaux ? Certainement pas. En avouant sa maladie, un cancer du sein, l’auteur de la Place entend plus que jamais profiter des vertus thérapeutiques de l’écriture de soi : car en exhibant ces clichés, vestiges fugaces de la passion charnelle, Ernaux donne la preuve irréfutable, visibles aux yeux de tous les anonymes lecteurs, qu’une femme atteinte dans sa chair, dans sa féminité, peut encore ressentir du plaisir, être aimée, être désirée. Et c’est au contraire avec beaucoup de pudeur qu’elle ne montre de ces moments que le costume délaissé avec négligence sur le carrelage froid. Le regard extérieur n’est plus cette oppression sourde qui scrute un être malade ou encore remarque la perruque mal ajustée : il devient synonyme de surprise et d’admiration face au courage de l’objectif et de la plume.
Note : 4 étoiles
Posté le 30.05.2005 par snoopenlivres

Article mis en ligne le 30 mai 2005 :
Le nouvel opus de Philippe Delerm propose une rencontre improbable entre Antoine, un critique d´art élitiste mais dont l´apparence rugueuse cache une fêlure, et Ornella, une jeune écrivain italienne, toute empreinte de simplicité, devenue populaire malgré elle. Au centre, un tableau. Ou plutôt deux tableaux. Le premier, fictif, permet de sceller l´intrigue du roman ; le second, Mondo Nuovo, bien réel lui, de comprendre les secrets de l´écriture de Delerm. Car il serait réducteur de ne voir ici que l´histoire de deux êtres, en quête d´identité face à un passé trop lourd. La clé de ce roman réside dans la simple sensation évoquée par ces mots : « avec d´infinies précautions, au bout de la baguette, on peut tenir quelques secondes une illusion fragile, apprivoiser les formes, la lumière - quelques secondes ». Quelle meilleure mise en abyme Delerm pouvait-il faire de son écriture ? D´ailleurs, serait-il trop audacieux de reconnaître en Antoine et Ornella la reproduction, même approximative, de leur créateur, plongé lui aussi dans la bulle artistique ? Dès lors, la plume de Delerm prend tout son sens, à grands coups de transgressions syntaxiques, délices exquises, mais aussi, il faut le regretter, de termes par trop spécieux qui se mêlent avec une promiscuité malsaine aux marques commerciales citées régulièrement, tentation trop répandue chez les écrivains en vogue... Pour autant il ne faudrait pas gâcher le plaisir de lire ce que dévoile cette si belle bulle…
Note : 4 étoiles.
Posté le 27.12.2005 par snoopenlivres
Voici compilées l'ensemble de mes critiques littéraires publiées en ligne sur www.evene.fr. bonne lecture ;o)
Autre site dédié cette fois-ci au tennis : http://snoopyves.centerblog.net
Bonsurf ;o)
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