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27.12.2005
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DOSSIERS SPECIAUX

Harry Potter : décryptage d'un mythe

Posté le 06.07.2005 par snoopenlivres
Dossier mis en ligne le 6 juillet 2005 :

En attendant la sortie du sixième volet de la saga de J.K Rowling, prévu pour l’automne prochain en France, coup de projecteur sur « Harry Potter », histoire d’entrer dans les coulisses d’un apprenti sorcier à l’enfance malheureuse, devenu en quelques années un objet de culte…

Le livre de tous les records

300 millions d’exemplaires vendus dans le monde ; 1000 librairies ouvertes à minuit le 15 juillet prochain au Royaume-Uni pour la sortie événementielle du sixième volume, une pléthore incalculable de records, de prix, de récompenses ; 926 millions de dollars de recettes dans le monde pour le premier film de la série, dépassant le pourtant phénoménal résultat du 1er volet de Star Wars, meilleur premier jour d’exploitation d’un film aux Etats-Unis, meilleur week-end d’ouverture… Cette liste non exhaustive donnerait le vertige aux plus ambitieux d’entre nous ! Qu’on se le dise, Harry Potter est davantage qu’un succès éphémère, savamment calculé des mains de sa créatrice, surfant sur la « main stream » des mondes fantastiques comme beaucoup d’auteurs à la mode… C’est un véritable phénomène de société. Sinon comment expliquer cet intérêt si soudain des enfants pour la lecture, jadis réduite aux exigences jugées surannées et poussiéreuses des professeurs ? Nos têtes blondes n’ont-elles pas avalé pas moins de 900 pages, lors de la sortie du dernier tome ? Ne serait-ce pas les parents du petit Kevin que nous voyons là, l’oeil hagard, le couteau entre les dents, à attendre sous une pluie battante l’ouverture à minuit du Virgin mégastore pour arracher des mains d’une hôtesse dépassée par les événements, pleurant des ecchymoses provoquées par la foule avide, le premier exemplaire du nouvel opus, fraîchement imprimé ? N’est-ce pas un magasin entier que lui a consacré la ville d’Akichoro au Japon, proposant aux fans en transe tout ce qui existe, à l’effigie de leur héros ? Tee-shirts, jeux de société, jeux vidéos, figurines, légos, calendriers, posters, menu fast-food, pièces de monnaies, fèves, balais, porte-clés… Il ne manque rien pour rassasier une clientèle complètement acquise à la cause du sorcier. Phénomène de société vous disais-je… oui mais voilà : comment ce pauvre gamin de dix ans, binoclard, rejeté et sans amis, mal aimé par sa propre famille est-il devenu un mythe ?

Un processus d’identification fructueux

L’atout numéro 1 de J.K.Rowling, c’est évidemment le personnage éponyme. En proposant un anti-héros, si ressemblant au quotidien, vivant une enfance malheureuse, tant au sein de sa famille d’adoption qu’à l’école où il joue le rôle de l’éternelle tête de turc, elle a su retrouver à l’intérieur de chacun des enfants qui dévorent ses ouvrages, la part d’ombre, de chagrin, de solitude qui existe. Le principe de l’identification est récurrent chez les jeunes adolescents, en quête d’identité, et force est de constater que la recette fonctionne. Les aventures du petit Potter ne sont pas seulement une fiction ordinaire mais une parabole de l’adolescence, filon déjà exploité récemment notamment par Josh Weddon, dans Buffy contre les vampires. Le plus surprenant est bien évidemment de le faire par l’écriture, un pari qui n’était pas gagné d’avance… En outre, en adaptant ses volumes au rythme biologique des enfants (un livre correspond à une année scolaire, chaque opus s’ouvrant sur les vacances de Harry) Rowling a fait de sa création un élément indispensable de la vie de nos chérubins…

Une écriture certes efficace, mais créatrice aussi…

Mais une bonne histoire ne fait pas forcément les bons livres. L’écriture, la qualité d’un style à la fois propre et singulier, la capacité de lier avec adresse péripéties et psychologies, l’habilité à tenir le lecteur en haleine, à le surprendre : telle est la clé du succès de cette ancienne professeur, devenue aujourd’hui auteur multi millionnaire. Là où certains font intervenir des événements surnaturels dans un monde réel, Rowling change les règles et re-crée un monde entier, celui des sorciers, avec ses habitants, ses principes, ses légendes, dans lequel elle glisse des personnages ordinaires. Le quotidien se frotte avec l’irrationnel de manière volubile. La plume devient alors pertinente car à la fois cohérente, compréhensible et captivante. Enfin en réinventant le verbe, avec tout un arsenal de néologismes originaux, dont l’usage est tout sauf artificiel, Rowling peaufine le moindre détail de sa création : elle ne propose plus seulement une histoire, mais tout un univers. On pourra toujours lui reprocher d’utiliser une recette toute prête pour chacun des volumes, fructueuse et juteuse en dollars… Qu’importe. Le fait est là : sa création est devenue incontournable, si bien que les professeurs s’en sont donné le mot, et Harry Potter est devenu une source inépuisable pour étudier l’étymologie, le schéma narratif ou encore le portrait dans les romans… Les films quant à eux reprennent les grandes lignes tracées par l’auteur à succès, garantissant une cohérence entre les mots et l’image. Les effets spéciaux ne servent finalement qu’à crédibiliser le monde imaginaire d’Harry et ses amis… Les lecteurs se métamorphosent donc volontiers en dévoreurs d’images, qu’ils n’ont jamais cessé d’être.

J.K. Rowling mise à l’épreuve

Mais il n’y a pas de mythe sans la dérangeante et attendue odeur de soufre, qui traîne avec insistance autour d’un succès retentissant. Si ce dernier résiste aux secousses, les portes de l’atemporel s’ouvrent à lui, sinon il s’évanouit dans les tristes vapeurs de l’oubli… Et J.K.Rowling a bien failli trébucher face aux accusations dont elle a été victime, alors qu’elle voguait avec frénésie de triomphe en triomphe. Ironie du sort : tout comme Harry Potter découvre le secret de ses origines, Rowling est renvoyée à la genèse de son œuvre, qui ne serait pas provenu de son imagination fertile mais de celle de Nancy Stouffer qui publia en 1984 un livre passé alors inaperçu The Legend of the Rah ans the Muggles, dans lequel un certain… Larry Potter jouait de ses talents de jeune sorcier. Coïncidence troublante, qui trouvera d’autres échos en comparant les ouvrages. Mais après un an de procédure, Rowling est lavée de tout soupçon, Nancy Stouffer rebaptisée pour l’occasion… N.K.Stouffer ayant en outre falsifié des documents pour obtenir gain de cause. L’image de Rowling ne fut donc pas ternie mais l’expérience montre qu’il faut être aux aguets, et que le succès peut s’interrompre quand on s’y attend le moins. La dernière polémique en date porte sur l’âge de l’acteur incarnant Harry Potter, Daniel Radcliffe, dont la morphologie a du mal à cadrer avec l’adolescent asexué proposé dans les aventures de l’apprenti sorcier. C’est tout l’enjeu du septième et dernier volume de Rowling : comment tenir compte du fait que les fans grandissent en même temps que leur héros ? Comment rendre crédible la psychologie du personnage vénéré sachant que celle-ci est le fonds de commerce de la saga ? On pourrait alors rêver d’un dernier opus sulfureux, risqué, Harry Potter se laissant envoûter par les appels voluptueux d’une jeune sorcière lors d’une partie de quidditch, dont l’issue serait interdite aux âmes chastes… Après tout J.K Rowling n’a plus rien à prouver : Le mythe qu’elle a crée de toute pièce autour de son personnage fétiche s’est trouvé une place éternelle dans les bibliothèques, et a fait redécouvrir cet objet singulier, méprisé tout au long du XXème siècle, et condamné à ne vivre que sous la forme d’image virtuelle : le livre.



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